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Comment Sonia Amiri a transformé une oliveraie familiale en Tunisie en une marque internationale primée

  • Photo du rédacteur: Agrilinkage
    Agrilinkage
  • 22 févr.
  • 9 min de lecture

Oléa Amiri, ancrée dans la tradition oléicole millénaire d'Oueslatia, est l'histoire d'une femme qui a bâti une marque d'huile d'olive premium de toutes pièces, avec pour seuls atouts sa détermination, une machine achetée avant même d'avoir un client, et une promesse indéfectible faite à son père.


Oueslatia se trouve dans le gouvernorat de Kairouan, au cœur de la Tunisie, à une soixantaine de kilomètres de la médina millénaire, au pied du Djebel Oueslat. Kairouan est l'un des grands territoires oléicoles du pays, qui abrite certains des vergers les plus anciens de Tunisie et des variétés endémiques parmi les plus recherchées. Le paysage est âpre, minéral, parsemé d'oliviers qui se dressent là depuis plus de deux mille ans.


C'est depuis ce coin de Tunisie profonde, fort de sa culture oléicole enracinée, que Sonia Amiri a construit Oléa Amiri, une marque d'huile d'olive extra vierge, pressée à froid et certifiée biologique, qui s'exporte aujourd'hui en Allemagne, en Italie, à Abu Dhabi, en Côte d'Ivoire, et que l'on retrouve dans les meilleures tables et épiceries fines de Tunisie.





La mission d'AgriLinkage est de mettre en lumière celles et ceux qui transforment l'agriculture, les entrepreneurs qui travaillent loin des projecteurs, résolvent de vrais problèmes et construisent des choses qui durent. Sonia Amiri est exactement ce type d'entrepreneur.


Une promesse faite à un père


Toute grande entreprise commence par une raison d'être. Pour Sonia, cette raison est profondément intime.


La famille Amiri cultive des oliviers à Oueslatia depuis des générations. La terre, les arbres, les traditions : ce ne sont pas de simples actifs. C'est une identité. Lorsque Sonia a décidé de bâtir quelque chose à partir de cet héritage, elle s'est tournée vers son père avec une proposition. Il a écouté. Puis il a fait quelque chose d'exceptionnel : il lui a confié la terre pour qu'elle puisse concrétiser son projet, alors même que la règle familiale avait toujours été la même, on ne vend jamais la terre, on ne la cède pas. Il a plié cette règle pour elle.

« Nous ne vendons jamais notre terre. Mais mon père me l'a donnée pour que je puisse concrétiser mon projet. Je l'ai payé progressivement. Aujourd'hui, je prie pour qu'il repose en paix, et j'espère voir Oléa Amiri s'étendre à l'échelle internationale, comme je le lui ai promis. »

Cette promesse est devenue le moteur de tout ce qui a suivi.



Partir de zéro : la machine avant le reste


Sonia ne romance pas ses débuts. Elle a commencé sans rien.


Son premier geste n'a pas été de construire une marque ni de trouver des clients. C'était d'acheter une machine. Avant d'avoir un produit, avant d'avoir des acheteurs, elle a investi dans l'équipement qui lui permettrait de presser elle-même son huile. Elle a enchaîné les formations en dégustation et en analyse de qualité, s'auto-formant jusqu'à maîtriser le produit sur le plan sensoriel et technique, jusqu'à pouvoir distinguer les huiles à la façon dont un sommelier distingue les vins.

« J'ai vraiment commencé en partant de rien. J'ai d'abord acheté la machine, puis j'ai commencé à tester mon produit tout en suivant des formations en dégustation d'huile d'olive. Aujourd'hui, je suis membre de panels de dégustation, et je vais bientôt rejoindre le COI. »

Le Conseil Oléicole International, l'organisme intergouvernemental mondial qui fixe les normes sur lesquelles repose toute l'industrie, ne distribue pas ses accréditations à la légère. Sonia a gagné la sienne à force d'années d'autoformation méthodique.

Cette formation a fondamentalement transformé son rapport au produit. Elle a cessé de penser aux olives pour penser à la qualité : à la teneur en polyphénols, au moment précis de la récolte, à ce que la terre d'Oueslatia donne à un fruit qui ne pousse nulle part ailleurs dans le monde.




L'olive Oueslati : une variété que le monde ne connaît pas encore


Pour comprendre Oléa Amiri, il faut comprendre l'olive Oueslati. C'est une variété endémique, propre aux montagnes qui entourent Oueslatia et la région de Kairouan. Contrairement aux variétés Chemlali ou Chetoui, plus connues et qui dominent les exportations tunisiennes en vrac, l'Oueslati produit une huile au profil sensoriel singulier : complexe, parfumée, riche en polyphénols et en antioxydants naturels.

Pendant des décennies, cette huile a été consommée localement ou noyée dans des citernes anonymes acheminées vers des embouteilleurs italiens. Sonia, elle, a vu autre chose : un produit d'une qualité mondiale, et une reconnaissance internationale quasi inexistante. L'écart entre les deux, c'était le projet.


Le domaine lui-même est une propriété centenaire. Certains oliviers du Djebel Oueslat ont plus de deux mille ans, parmi les plus vieux de toute la Tunisie. Le processus de production de Sonia rend hommage à cet héritage : compost naturel à la place des intrants chimiques, cueillette manuelle soigneusement calée sur la maturité optimale du fruit, pressage à froid dans les heures qui suivent la récolte pour préserver chaque composé aromatique.


« Mon objectif a toujours été de produire une huile d'olive premium de haute qualité. Chaque fois que je participe à un concours, je soumets un échantillon issu de n'importe quelle citerne et je remporte systématiquement une médaille d'or. »

Ce n'est pas de la vantardise. C'est une philosophie de production énoncée simplement. Les concours SHOW AFRIC, parmi les plus respectés du continent africain en matière de qualité oléicole, l'ont confirmé à maintes reprises.



Construire l'entreprise : terre, capital et réinvention


L'histoire de la croissance de Sonia est celle d'un réinvestissement constant. Chaque gain a été réinjecté dans l'outil de production.

Après l'achat de la première machine, elle a acquis de nouvelles terres, y consacrant l'intégralité de son capital disponible. Elle a ensuite constitué une unité de production complète : la presse à froid, la ligne d'embouteillage, le conditionnement. Elle n'a pas attendu d'investisseurs ni de subventions. Elle a construit ce qu'elle pouvait, quand elle le pouvait, avec ce qu'elle avait.


La gamme de la marque reflète cette logique de progression par étapes. Le cœur de la collection est une huile Oueslati extra vierge pressée à froid, vendue dans des bouteilles soigneusement conçues, accompagnées d'une documentation de traçabilité complète, de l'olivier à la bouteille. Chaque flacon porte l'histoire de l'huile qu'il contient : quels arbres, quelle récolte, quelle date de pressage. Pour les clients de la restauration gastronomique et les épiceries fines, ce niveau de transparence n'est pas un bonus. C'est un argument de vente.


Les coffrets cadeaux personnalisés sont devenus une ligne particulièrement forte : des écrins artisanaux qui marient l'huile à une histoire, un récit de terroir et un soin du détail qui parle aux acheteurs haut de gamme d'Europe comme du Golfe.

Les résultats financiers témoignent de la solidité du modèle : le chiffre d'affaires d'Oléa Amiri croît de 30 % par an, de façon régulière.




Les produits : ce que fait vraiment Oléa Amiri


L'huile d'olive est le cœur de la marque, mais Oléa Amiri n'est pas une entreprise à produit unique. La gamme reflète la relation plus large que Sonia entretient avec la terre et avec les plantes qui y poussent.


ZIT Elguim, l'huile d'olive phare. Le nom signifie «l'huile ancienne» en arabe tunisien, en référence aux oliviers millénaires dont elle est issue. C'est une huile 100% biologique, extra vierge, pressée à froid, élaborée exclusivement à partir de la variété Oueslati, cueillie à la main chaque saison entre novembre et mars dans les montagnes du Djebel Oueslat, dans le gouvernorat de Kairouan. L'huile est disponible en bouteilles de 250 ml, 500 ml, 750 ml et 1 litre, ainsi qu'en coffret cadeau simple.


Ce qui distingue ZIT Elguim sur le plan technique, c'est son profil nutritionnel. L'huile présente une teneur en polyphénols supérieure à 700 ppm, et une concentration en acides gras monoinsaturés (acide oléique, C18:1) dépassant les 80%. Ce ne sont pas des chiffres marketing : ils résultent d'analyses de laboratoire rigoureuses menées avant chaque campagne d'embouteillage. Chaque lot est testé sur l'acidité, la concentration en polyphénols et les qualités organoleptiques, goût, arôme, couleur. Seules les huiles qui franchissent toutes ces étapes sont mises en bouteille. Les autres restent en citerne. La documentation de traçabilité qui accompagne chaque bouteille indique les arbres d'origine, la date de récolte et la date de pressage, un niveau de transparence encore rare dans l'industrie oléicole.


La gamme romarin. Sur les pentes de Jbal Sarej, près d'Ousseltia, le romarin sauvage (Rosmarinus officinalis) prospère en altitude dans des conditions qui concentrent ses composés aromatiques. Sonia le récolte à la main et le transforme selon des méthodes artisanales pour produire deux produits. Le premier est une eau de romarin (250 ml), une eau végétale utilisée pour revitaliser les cheveux, tonifier la peau et enrichir une routine beauté naturelle au quotidien. Le second est une huile de romarin (10 ml), formulée avec une base végétale d'olive et d'amande douce, conçue pour le massage du cuir chevelu et de la peau. Les deux produits sont fabriqués dans les ateliers d'Oléa Amiri à El Oueslati, Kairouan, et représentent les prémices d'une gamme plus large de produits à base de plantes ancrés dans la biodiversité de la région.



Contrôle qualité et certification. Oléa Amiri détient la certification biologique, auditée deux fois par an. La chaîne de production opère sous un protocole de traçabilité strict, de la réception de la récolte jusqu'à la palettisation et au stockage. Chaque étape, analyse food-scan des olives avant pressage, extraction à froid, filtration, embouteillage, contrôle du niveau de remplissage, détection de corps étrangers, est documentée et enregistrée par le département qualité. Sonia est dégustratrice agréée et membre de panels de dégustation, avec l'adhésion au Conseil Oléicole International (COI) en cours, une distinction qui la place parmi un groupe très restreint de professionnels mondialement accrédités à ce niveau.


Un palmarès qui parle de lui-même. Les concours dans lesquels Oléa Amiri s'est engagée ne sont pas des événements locaux. La marque a décroché l'or aux International Olive Oil Awards en Turquie pour la campagne 2023-2024, l'une des compétitions internationales les plus exigeantes du secteur. Elle a remporté l'or au Concours CARTAGE, organisé lors du Salon International de l'Alimentation en Afrique au Palais des Expositions du Kram. Et le 28 décembre 2024, ZIT Elguim a été récompensée du Gold Quality Award au Pyramids International Olive Oil Competition (IOOC & IOC), l'une des compétitions de dégustation les plus rigoureuses du calendrier mondial. À ces distinctions internationales s'ajoutent plusieurs médailles d'or aux concours SHOW AFRIC sur le continent africain, ainsi que le Grand Prix de la Route Culinaire de Tunisie organisée par la GIZ. Ce ne sont pas des prix honorifiques : ce sont des concours en dégustation à l'aveugle, jugés techniquement, où l'huile passe ou ne passe pas.




Une entreprise construite avec et pour la communauté


L'une des dimensions les plus frappantes d'Oléa Amiri, c'est que sa réussite se partage. Sonia n'a pas construit une marque qui extrait de la valeur d'Oueslatia. Elle en a construit une qui lui en rend.


Plus de vingt femmes de la région collaborent aujourd'hui avec l'entreprise, chacune experte dans son domaine. Pour un territoire où les opportunités économiques formelles pour les femmes ont longtemps été limitées, c'est une réalité qui compte. Ce ne sont pas des arrangements saisonniers au coup par coup. Ce sont des collaborations structurées qui offrent un vrai revenu et une reconnaissance professionnelle.


Plus récemment, Sonia a acquis une maison traditionnelle à Oueslatia qui abrite une Maamra emblématique, ce pressoir en pierre ancestral qui précède de plusieurs siècles les machines modernes. Son projet est d'en faire une table d'hôtes : une expérience d'agrotourisme immersive où les visiteurs pourront parcourir les oliveraies, observer le processus de production, déguster l'huile face aux montagnes et comprendre ce qu'ils ont dans leur verre.


« J'ai redonné espoir à ma région. L'effort, la patience et la persévérance paient toujours. »

Ce n'est pas du langage marketing. C'est une femme qui regarde ce qu'elle a bâti et qui explique aux jeunes d'Oueslatia que c'est possible.


Où va Oléa Amiri


La feuille de route de Sonia pour les prochaines années est précise. Elle souhaite que 50 % de son chiffre d'affaires provienne du B2B : épiceries fines, restaurants et établissements hôteliers plutôt que de la vente directe seule. Elle développe une ligne d'huile infusée au romarin pour compléter la gamme. Et elle a fixé son regard sur un produit en particulier, celui qu'elle considère comme le porte-drapeau international de la marque : l'huile Oueslati d'Oueslatia, une huile d'appellation géographique et de monocultivar qu'elle estime mériter la même reconnaissance que les grandes huiles monova­riétales d'Italie ou d'Espagne.



En décembre 2025, Oléa Amiri est devenue membre officielle de Oueslati Zit'Tour, un circuit culinaire récemment lancé qui relie les principaux producteurs d'huile d'olive, restaurants et établissements d'accueil de la région de Kairouan, une consécration formelle du rôle d'ancrage que joue la marque dans l'identité touristique et gastronomique de son territoire.


La marque a par ailleurs remporté le concours La Route Culinaire de Tunisie organisé par la GIZ, l'une des compétitions agroalimentaires les plus prestigieuses du pays. Ce prix a ouvert de nouveaux canaux de distribution et consolidé le positionnement d'Oléa Amiri comme l'un des producteurs premium de référence en Tunisie.


D'une oliveraie de montagne aux marchés internationaux


Quand Sonia entre dans un salon professionnel, que ce soit à Tunis, à Paris ou ailleurs, elle apporte avec elle deux mille ans de tradition oléicole, une presse à froid qu'elle a payée elle-même, et des médailles d'or que son huile continue de décrocher quelle que soit la citerne dont elle tire l'échantillon.


Elle apporte aussi une promesse faite à un homme qui lui a confié une terre dont sa famille avait juré de ne jamais se séparer.


Oléa Amiri n'est pas seulement une marque tunisienne d'huile d'olive. C'est ce qui arrive quand quelqu'un décide que l'endroit d'où il vient mérite d'être sur la carte du monde, et qu'il construit, pierre après pierre, jusqu'à ce que ce soit le cas.


Pour en savoir plus sur Oléa Amiri et découvrir sa gamme d'huiles Oueslati pressées à froid, visitez leur site web ou suivez-les sur leurs réseaux sociaux.


AgriLinkage met en relation acheteurs, négociants et fournisseurs sur les marchés agricoles mondiaux. Si vous êtes un acheteur professionnel souhaitant s'approvisionner en huile d'olive tunisienne premium, contactez-nous pour découvrir comment nous pouvons faciliter vos échanges.

 
 
 

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