Irineu Darău, Ministre de l'Économie et du Tourisme de Roumanie: «la Roumanie est un Pays Surprise»
- Agrilinkage

- 14 mars
- 7 min de lecture
Au Salon Mondial du Tourisme de Paris, du 12 au 15 mars 2026, Agrilinkage a rencontré Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie. Un entretien accordé en marge du stand officiel roumain, deux mois après sa nomination, sur ce que la Roumanie a à offrir au monde et sur ce qui manque encore pour qu'elle le fasse entendre.

Il y a des stands de salon qui font leur travail, et d'autres qui font quelque chose de plus. Celui de la Roumanie, au Salon Mondial du Tourisme 2026, faisait partie de la deuxième catégorie. Les images qui défilaient sur les écrans, les Carpates en automne, les villages du Maramureș, les châteaux médiévaux de Transylvanie, les paysages du delta du Danube, créaient une envie concrète, immédiate. Et puis il y avait le vin, les produits du terroir, les brochures qui donnaient à voir une diversité de régions, de paysages et de cultures qu'on n'attendait pas à cette échelle.
Ce qui frappait le plus, c'était la cohérence. En Roumanie, la scène agricole, viticole et gastronomique n'est pas une catégorie parmi d'autres dans le discours touristique officiel du pays. Elle en est l'épine dorsale. On ne peut pas parler de la Roumanie sans parler de ce que la terre y produit et de la façon dont les gens y vivent. C'est précisément pour ça qu'Agrilinkage était là, et c'est pour ça que cette rencontre avec le ministre avait du sens.

La question s'est imposée d'elle-même: comment un pays aussi riche, historiquement, culturellement, gastronomiquement, peut-il rester aussi peu présent dans les grandes conversations sur les destinations européennes?
Irineu Darău avait une réponse. Et elle était précise.
« Je suis convaincu que c'est avant tout une question de marketing. On a tout ce qu'il faut dans le pays pour attirer des touristes. Il faut juste améliorer les façons de présenter notre destination. »
Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie
Un pays aux dimensions multiples
La Roumanie, c'est d'abord une géographie exceptionnelle et une histoire dense. Les châteaux médiévaux de Transylvanie et les monastères peints de Bucovine, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le delta du Danube, l'une des plus grandes réserves de biosphère d'Europe, classée elle aussi à l'UNESCO, où la nature et les traditions de pêche coexistent dans un équilibre fragile et saisissant. Les Carpates, avec leurs forêts primaires, leurs stations de montagne et leurs villages où la vie rurale s'est maintenue dans une forme que le reste du continent a largement perdue. Et Bucarest, capitale en pleine transformation, avec une scène culturelle, architecturale et gastronomique qui surprend tous ceux qui s'y arrêtent plus de quarante-huit heures.

C'est aussi, indissociablement, un pays de diversité humaine et historique. Des dizaines de communautés ont cohabité pendant des siècles sur ce territoire, chacune laissant son empreinte dans les langues, les architectures et les traditions. Et dans les cuisines.
« Il y a beaucoup de choses que peut-être les Français et le monde ne savent pas de la Roumanie. En premier lieu, c'est un pays plein de diversité, une diversité historique, une diversité de nationalités qui ont mis leur empreinte sur la gastronomie, sur l'agrotourisme. »
Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie
Une gastronomie construite sur des siècles de diversité
En Transylvanie, les héritages austro-hongrois ont façonné une cuisine généreuse en charcuteries, en fromages de brebis affinés et en pâtisseries denses. Dans le Maramureș, les repas de fête autour du porc et les țuică distillées à la maison suivent encore le rythme des saisons. En Bucovine, les sarmale, ces feuilles de chou farcies que chaque famille prépare à sa façon, les champignons des forêts carpathiques et les soupes lentes mijotées depuis le matin composent une table d'une cohérence remarquable. Dans le delta du Danube, c'est le poisson, préparé avec une simplicité directe que seul un milieu naturel préservé peut encore offrir. Et partout, la mămăligă, cette polenta de maïs devenue socle identitaire, qui change de visage selon la région et ce qu'on y associe.

Dans le verre, la Roumanie est le sixième producteur de vin en Europe par superficie de vignes, avec une tradition viticole qui remonte à plus de 6 000 ans. La Feteasca Neagră, cépage autochtone dont les origines remontent à plus de 2 000 ans, produit des vins radicalement différents selon qu'elle pousse dans les sous-Carpates ou au bord de la mer Noire. Des vins encore largement méconnus à l'étranger, comme le confirmait au même salon Agathe Rotar, distributrice de vins roumains en France : certains de ses interlocuteurs ignorent simplement que le vin roumain existe.
« Si vous venez en Roumanie, vous aurez l'occasion de trouver les saveurs de toute l'Europe de l'Est réunies en un seul pays. »
Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie
Le village comme destination, l'agrotourisme comme priorité nationale
Ce qui distingue la vision d'Irineu Darău d'un discours touristique habituel, c'est qu'il ne dissocie pas la gastronomie du territoire qui la produit. Pour lui, la vraie valeur de la Roumanie ne se trouve pas uniquement dans ses monuments ou ses paysages. Elle se trouve dans les villages, dans les pratiques agricoles encore vivantes, dans la continuité entre la terre et la table que la modernité n'a pas encore rompue.
La Roumanie concentre 23 % de la main-d'œuvre agricole de toute l'Union européenne, le taux le plus élevé parmi les États membres, selon la Commission européenne. Un maraîchage et un élevage extensifs qui produisent des aliments d'une densité gustative que les filières industrialisées ne peuvent pas reproduire. Le pays dispose par ailleurs de 32 grandes aires protégées d'intérêt national, dont la réserve de biosphère du delta du Danube et 13 parcs nationaux dans les Carpates, auxquelles s'ajoutent 941 réserves naturelles et monuments naturels. Au total, environ 24 % du territoire roumain bénéficie d'un statut de protection environnementale, l'un des taux les plus élevés d'Europe. La stratégie nationale touristique roumaine place l'écotourisme et l'agrotourisme parmi ses priorités officielles, et ce choix repose sur une réalité concrète : ce patrimoine naturel et agricole est vivant, pas muséifié.
« On a encore beaucoup d'agriculture, beaucoup de gens qui vivent dans leur milieu naturel, beaucoup de nourriture et de traditions vivantes qui ont été gardées dans les villages. Ce qu'on peut faire en Roumanie, si on est incliné vers l'agrotourisme ou l'écotourisme, c'est vraiment de passer une semaine ou deux et de faire un circuit, culinaire ou des villages, dans plusieurs régions. »
Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie

La digitalisation comme condition de la visibilité
C'est ici que le profil d'Irineu Darău prend tout son sens. Il n'est pas seulement ministre du tourisme. Il est aussi ministre de l'Économie et de la Numérisation, deux fonctions réunies dans un seul portefeuille. Cette combinaison n'est pas anodine : elle dit que la Roumanie pense sa visibilité internationale comme une question d'économie et de présence numérique autant que de produit touristique. Si tu n'es pas en ligne, tu n'existes pas. Et construire une narration digitale cohérente sur ce que le pays a à offrir, c'est précisément le chantier qu'Irineu Darău décrit quand il parle de marketing. Il a vécu plusieurs années en France, connaît le pays de l'intérieur, est membre actif de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, et parle de la Roumanie à un public français non pas comme un diplomate qui représente son pays, mais comme quelqu'un qui comprend les deux côtés.
Quand nous lui avons dit que la richesse de ce que nous avions vu au stand roumain méritait largement plus d'exposition internationale, il n'a pas été surpris.
« J'ai parlé avec beaucoup de touristes, avec beaucoup d'agences de tourisme et beaucoup d'ambassadeurs étrangers, et tout le monde me dit la même chose. Parfois on ne connaît pas la Roumanie, mais dès qu'on la visite la première fois, on a une bonne impression et on veut la revisiter. »
Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie
À trois heures de Paris, un pays qu'on n'a pas encore vraiment rencontré
La Roumanie est à trois heures de vol direct depuis Paris, avec des billets parmi les moins chers d'Europe. Elle est latine, de langue romane, et entretient avec la France des liens historiques qui remontent au XIXe siècle. Elle est membre actif de l'Organisation internationale de la Francophonie. Elle accueille déjà plus de 100 000 touristes français chaque année. C'est un point de départ, pas un plafond.
« On est un pays latin, un peuple latin, et on est aussi un pays francophone. J'aime la cuisine française, j'aime la cuisine roumaine, et je pense qu'il faut expérimenter les deux dans la vie. Mon message, c'est une invitation pour les Français de venir visiter la Roumanie. Ce que je peux garantir, c'est qu'ils ne vont pas le regretter. »
Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie
Nous non plus, nous ne l'avons pas regretté, dès le premier regard sur ce stand.
Et c'est peut-être là le vrai message à retenir de cette rencontre. Pas les chiffres, pas la stratégie nationale, pas les trois heures de vol. Juste ça : un pays que ses propres représentants défendent avec une fierté qui ne ressemble pas à du marketing, portant leurs costumes brodés dans les allées d'un salon parisien, posant des bouteilles de vin sur une nappe traditionnelle à deux pas du stand de la Toscane, sans complexe et sans artifice. Un ministre qui parle de son pays comme quelqu'un qui y croit, pas comme quelqu'un qui vend.
La Roumanie n'a pas besoin qu'on la convainque d'exister. Elle existe, profondément, depuis longtemps. Ce qu'elle attend, c'est simplement qu'on fasse le voyage.






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