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Le Café Rwandais d'Aloys Rubayiza, entre Excellence de Terroir et Commerce Équitable

  • Photo du rédacteur: Agrilinkage
    Agrilinkage
  • 24 févr.
  • 7 min de lecture

Docteur en technologie alimentaire reconverti en producteur de café, Aloys Rubayiza a fait le pari de valoriser un café d'exception au plus près de ses sources, dans les hautes terres du Rwanda. Rencontre au Salon International de l'Agriculture de Paris avec un homme qui construit, grain par grain, un modèle agricole durable et exigeant.



Portrait d'Aloys Rubayiza, producteur et fondateur de Mountain Coffee Rwanda / Terroirs d'Afrique, souriant et tenant devant lui un sachet rouge, un sachet vert et une boîte de capsules Kawa Terroirs d'Afrique, devant le panneau visuel de son stand au Salon International de l'Agriculture de Paris
Aloys Rubayiza, Producteur et Fondateur de Mountain Coffee Rwanda

Il existe des reconversions qui ressemblent moins à un changement de cap qu'à un retour aux sources. Aloys Rubayiza, chercheur en technologie alimentaire formé en Belgique, aurait pu faire carrière dans un laboratoire universitaire. Il a préféré rentrer au Rwanda, planter ses pieds dans la terre rouge des hautes terres et y cultiver du café. Du café comme il en a toujours connu, celui que sa famille produisait avant lui, mais cette fois avec la rigueur d'un scientifique, l'ambition d'un entrepreneur et une conviction profonde : que la valeur d'un produit exceptionnel doit rester, autant que possible, entre les mains de ceux qui le cultivent.


Aujourd'hui, Aloys est à Paris pour le Salon International de l'Agriculture. Il cherche des distributeurs. Il cherche des acheteurs. Il cherche, surtout, des partenaires qui comprennent ce qu'il a mis des années à construire.


Un scientifique dans les caféiers


L'histoire d'Aloys commence là où commencent beaucoup d'histoires rwandaises : dans une famille de petits producteurs de café, dans un pays qui en cultive depuis des générations sans en tirer tout le bénéfice qu'il mérite. Après un doctorat en technologie alimentaire en Belgique, il revient au Rwanda avec une idée en tête : utiliser la science pour mieux identifier et valoriser ce que le terroir rwandais produit de meilleur. Il enseigne dix ans à l'université, travaille sur la traçabilité chimique du café, comprendre, à l'analyse moléculaire, si un grain est Arabica ou Robusta, s'il vient d'une altitude haute ou basse, de quel terroir précis il est issu. Puis vient le moment de mettre ce savoir au service du projet qu'il porte depuis le début.


"L'idée de départ, c'était de valoriser le café au plus près de la production, pour que les producteurs gagnent mieux leur vie." Aloys Rubayiza, Producteur et fondateur, Kawa Rwanda

Il crée sa structure, reprend une plantation familiale de 5 hectares dans les hautes terres, et fédère autour de lui une centaine de petits producteurs partenaires. Ensemble, ils peuvent mobiliser entre 20 et 40 tonnes de café par an, une capacité qui positionne Kawa Rwanda comme un fournisseur sérieux pour les marchés européens et africains. Ce n'est plus simplement une ferme: c'est une filière.



Gros plan sur des grappes de cerises de café Arabica Bourbon Rouge rouge vif à maturité sur une branche, plantation RMC Coffee Company, Rwanda.
Le tri des cerises à la main, étape clé pour garantir que seuls les fruits à parfaite maturité entrent dans la chaîne.


Le Bourbon Rouge du Rwanda : une variété rare, un profil unique


Pour comprendre pourquoi le café rwandais mérite l'attention des acheteurs internationaux, il faut commencer par la botanique. Il existe dans le monde environ 160 variétés de caféiers recensées, mais deux dominent le marché mondial : l'Arabica, cultivé en altitude, et le Robusta, plus résistant et plus caféiné, produit en plaine. Le Rwanda, pays montagneux dont l'altitude moyenne dépasse 1 500 mètres, est exclusivement un pays d'Arabica. Et pas n'importe lequel.


La variété cultivée par Aloys et ses partenaires s'appelle le Bourbon Rouge. C'est une sous-variété ancienne de l'Arabica, bien acclimatée aux reliefs rwandais, qui produit des grains peu nombreux mais remarquables sur le plan organoleptique : fruités, floraux, complexes. Un profil aromatique que les variétés modernes, plus productives, ne parviennent pas à égaler. Chaque arbre ne donne qu'environ 200 grammes de café par saison, contre 2 à 3 kilos pour des variétés hybrides plus rendantes. C'est peu. Mais c'est un choix délibéré : celui de la qualité sur la quantité, de la rareté assumée sur le volume industriel.


Groupe de travailleurs rwandais, majoritairement des femmes, triant des cerises de café rouge mûres sur des tables de tri à l'air libre.
Le tri des cerises à la main, étape clé pour garantir que seuls les fruits à parfaite maturité entrent dans la chaîne

"On produit très peu de café, mais de très bonne qualité. C'est pour ça qu'on essaie de le valoriser au maximum." Aloys Rubayiza, Producteur et fondateur, Kawa Rwanda

Les caféiers poussent entre 1 800 et 2 000 mètres d'altitude, dans une fraîcheur qui ralentit la maturation des cerises et concentre les arômes. Le Rwanda ne représente que 0,2 % de la production mondiale de café, soit environ 20 000 tonnes par an. Ce chiffre, qu'Aloys qualifie lui-même d'insignifiant à l'échelle planétaire, est en réalité un argument de vente : il est difficile d'acheter du café rwandais de qualité. Ce qui existe est confidentiel, rare et traçable.


Quatre terroirs, une identité


Le Rwanda n'est pas un terroir unique. Le pays compte quatre grandes zones caféières : au nord, au sud, à l'est et à l'ouest, chacune présentant des sols, des microclimats et des profils aromatiques distincts. Aloys travaille à les valoriser séparément, à la manière d'un vigneron qui distingue ses parcelles, dans une logique d'appellation d'origine. Un projet d'indication géographique protégée est en cours de développement pour permettre aux acheteurs de choisir non seulement un café rwandais, mais le café d'un terroir précis.

Pour les torréfacteurs et les importateurs qui cherchent de la différenciation, c'est une opportunité réelle. Le marché des cafés de spécialité repose précisément sur cette capacité à raconter l'origine avec précision. Kawa Rwanda est en mesure de la fournir.



Femme rwandaise portant un foulard orange cueillant à la main des cerises de café rouges sur un caféier chargé, dans une plantation verdoyante.
 80 % de la main d'œuvre à la récolte est féminine. Une réalité économique et sociale au cœur du modèle de Kawa Rwanda.

La récolte: trois mois, deux cents mains, 80 % de femmes


Le café est un produit saisonnier. La récolte dure trois mois par an. Pendant cette période, Aloys mobilise environ 200 personnes pour le ramassage des cerises, leur traitement et leur séchage. Les cerises sont cueillies à la main, une à une, pour ne sélectionner que celles à maturité optimale. C'est une récolte sélective, qui explique en partie la qualité du produit fini.


Parmi ces 200 saisonniers, 80 % sont des femmes. Ce chiffre n'est pas anodin. Le Rwanda porte encore les traces du génocide de 1994, au cours duquel les hommes ont été particulièrement ciblés. Au sortir de cette période, les femmes ont pris en charge les foyers, les exploitations, les responsabilités économiques et politiques. Aujourd'hui, elles sont surreprésentées dans les structures communautaires, dans les coopératives et jusque dans les institutions politiques du pays.


"Quand on donne de l'argent à une femme, on nourrit toute la famille. C'est vraiment de ça qu'on veut parler." Aloys Rubayiza, Producteur et fondateur, Kawa Rwanda

Pour Aloys, employer et rémunérer les femmes de sa communauté n'est pas un argument marketing : c'est une conviction. Et pour un acheteur international soucieux de son impact social, c'est aussi une garantie que sa commande contribue à quelque chose de concret et de mesurable.


Vue large de nombreuses tables de séchage en bois couvertes de cerises de café à différents stades de séchage, avec plusieurs travailleurs qui les retournent et les trient, entourés d'eucalyptus.
Les tables de séchage après récolte : des dizaines de mètres de cerises triées et mises à sécher au soleil rwandais.


Des certifications locales, une ambition internationale


Kawa Rwanda est certifié commerce équitable et agriculture biologique au niveau local. Ces certifications supposent un audit rigoureux des pratiques agricoles, une traçabilité complète de la filière et des conditions de rémunération conformes aux standards internationaux. Chaque lot est accompagné d'un certificat d'origine délivré par un organisme étatique rwandais, de certificats de qualité issus de laboratoires accrédités, et de tous les documents phytosanitaires nécessaires à l'export.


Stand Mountain Coffee Rwanda au Salon International de l'Agriculture de Paris, avec deux sachets de café debout (vert et rouge) portant le logo Mountain Coffee Rwanda, une affiche présentant le 100% Arabica Bourbon Rouge cultivé à 1800–2000m dans la région des Grands Lacs d'Afrique, le logo Fairtrade visible en bas à gauche, un petit drapeau rwandais et des objets artisanaux en arrière-plan.
 Le stand Mountain Coffee Rwanda au Salon de l'Agriculture de Paris

La principale difficulté, qu'Aloys décrit avec franchise, est la double certification biologique exigée pour entrer sur le marché européen. Être certifié bio au Rwanda ne suffit pas : il faut l'être également selon les référentiels européens, ce qui représente un coût supplémentaire significatif pour un petit producteur. C'est un obstacle structurel que connaissent bien les importateurs engagés avec les pays du Sud, et sur lequel certains d'entre eux peuvent accompagner leurs partenaires. Aloys a déjà réalisé l'intégralité du parcours logistique : exportation depuis le Rwanda, importation en Europe. Il cherche maintenant le dernier maillon.


Les produits: du grain à la capsule


Ce qui distingue Kawa Rwanda dans le paysage du café africain à l'export, c'est la gamme. Aloys ne vend pas seulement du café vert. Il propose du café en grains torréfié, du café moulu, des capsules compatibles Nespresso en matériau biodégradable, et des capsules compatibles Dolce Gusto. Soit une offre capable de répondre à des circuits de distribution très différents : la grande distribution spécialisée, les épiceries fines, les revendeurs en ligne, les hôtels et restaurants.


Cette capacité à livrer un produit fini, déjà conditionné, transforme radicalement la proposition commerciale. L'acheteur n'a pas besoin d'un torréfacteur intermédiaire. Il reçoit un produit prêt à vendre, porteur d'une histoire, certifié, tracé, et différenciant.


Des marchés ouverts, une France à conquérir


Kawa Rwanda est déjà présent sur plusieurs marchés européens. En Belgique, en Pologne où une dégustation lors d'un salon professionnel a débouché sur un partenariat de distribution, en Norvège et au Luxembourg. En décembre dernier, une mission commerciale au Maroc a permis d'établir des contacts prometteurs. Les volumes actuels transitent par avion, ce qui pèse sur les marges, mais Aloys anticipe la montée en puissance : dans quelques années, le volume nécessaire à remplir un conteneur maritime de 20 tonnes devrait être atteint, ramenant les coûts logistiques à des niveaux bien plus compétitifs.


La France est aujourd'hui la priorité. Grand marché, forte culture caféière, sensibilité croissante aux produits d'origine traçable et au commerce équitable : tous les ingrédients d'un succès sont réunis. Aloys cherche un ou plusieurs distributeurs capables d'introduire Kawa Rwanda dans les circuits français, qu'il s'agisse de la distribution spécialisée, de la restauration haut de gamme ou du e-commerce.


"Je cherche vraiment de bons distributeurs ici en France. La France, c'est un grand pays avec une belle culture du café." Aloys Rubayiza, Producteur et fondateur, Kawa Rwanda

Ce que les acheteurs doivent savoir


Kawa Rwanda s'adresse aux importateurs, torréfacteurs, distributeurs et acheteurs en restauration qui cherchent un Arabica de haute altitude, rare, certifié et doté d'une histoire authentique. La capacité de production consolidée, de 20 à 40 tonnes par an en intégrant les producteurs partenaires, est suffisante pour alimenter des référencements sérieux tout en restant dans la logique d'un produit de spécialité à forte valeur.


La traçabilité est totale : de la parcelle au conditionnement, chaque étape est documentée. La variété Bourbon Rouge, le terroir d'altitude, la récolte manuelle sélective et le modèle inclusif qui emploie majoritairement des femmes constituent autant d'arguments de différenciation pour une marque ou un distributeur souhaitant construire une offre de café équitable et premium.


Les cafés sont disponibles en grains, moulus, et en capsules compatibles Nespresso et Dolce Gusto.


Article réalisé dans le cadre des portraits de producteurs AgriLinkage. Les informations proviennent d'un entretien conduit au Salon International de l'Agriculture de Paris.

 
 
 

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