L'Agriculture vue depuis l'Espace: ce qu'Airbus Defence and Space apporte aux Agriculteurs, Assureurs et Agro-industriels
- Agrilinkage

- 27 févr.
- 12 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 mars
Rencontre avec Montaine Foch, Product Marketing Manager Agri et Durabilité chez Airbus Defence and Space, au Salon International de l'Agriculture de Paris.

Il y a quelque chose d'étrange, au premier abord, à voir le nom Airbus sur un stand du Salon International de l'Agriculture. On associe spontanément ce nom aux avions, aux aéroports, à une certaine idée du monde industriel qui semble très éloignée des prairies normandes ou des champs de colza du Bassin parisien. Montaine Foch, elle, est parfaitement à sa place.
Ingénieure agronome de formation, elle travaille depuis deux ans au sein d'Airbus Defence and Space en tant que Product Marketing Manager sur les applications agriculture et environnement. Elle est là pour expliquer quelque chose que beaucoup ignorent encore: au-delà des avions, Airbus construit et opère une constellation de satellites, et ces satellites regardent la Terre, ses forêts, ses cultures, ses prairies, avec une précision et une continuité que rien d'autre ne permet aujourd'hui.

Ce qu'elle fait ici n'est pas de la communication. C'est de la traduction. Traduire ce que des ingénieurs ont construit en orbite vers ce qu'un éleveur bourbonnais ou un directeur achats dans un grand groupe agroalimentaire peut comprendre, utiliser, décider.
Airbus Defence and Space : la partie du groupe que l'on connaît le moins
Le groupe Airbus se divise en plusieurs entités. La plus connue est celle de l'aviation commerciale. Il y a aussi l'entité hélicoptères. Et puis il y a Airbus Defence and Space, qui regroupe tout ce qui touche au géospatial et aux satellites. C'est dans cette entité que travaille Montaine Foch. Cette division opère une constellation de satellites d'observation de la Terre qui couvre l'ensemble du globe, avec des capacités optiques allant jusqu'à 30 centimètres de résolution au sol grâce aux satellites Pléiades Neo, en passant par Pléiades à 50 centimètres et SPOT à 1,5 mètre. Ces images servent à des domaines très divers: la défense, la sécurité, la cartographie. Mais depuis plusieurs années, elles servent aussi, très concrètement, à l'agriculture et à l'environnement.

"On applique nos images et les services qui en sont dérivés à l'agriculture et à l'environnement, d'où notre présence au salon aujourd'hui. Nos clients sont des agriculteurs, des coopératives agricoles, des assureurs agricoles, ou encore des agro-industriels engagés contre la déforestation."
Montaine Foch, Product Marketing Manager Agri et Durabilité, Airbus Defence and Space
C'est cette phrase qui résume le mieux ce qu'elle est venue dire au Salon. Il n'y a pas un client type. Il y a une chaîne, depuis l'agriculteur individuel jusqu'à la multinationale agroalimentaire, et dans chaque maillon de cette chaîne, les données satellitaires répondent à un problème précis.
Farmstar: vingt-cinq ans de fertilisation pilotée depuis l'espace
Le premier de ces services s'appelle Farmstar. Il existe depuis vingt-cinq ans. C'est un fait que l'on a tendance à oublier quand on parle d'agriculture de précision ou de données satellitaires comme si c'était une nouveauté : Airbus fournit des conseils de fertilisation basés sur des images satellites à des agriculteurs français depuis le début des années 2000.

Le principe est le suivant. Un agriculteur souscrit à Farmstar, généralement via sa coopérative ou son négoce agricole. Il renseigne quelques paramètres sur sa parcelle : la variété cultivée, le type de sol, la date de semis, l'objectif de rendement. De son côté, Airbus capte des images satellites de la parcelle et en dérive ce que les techniciens appellent des paramètres biophysiques, c'est-à-dire une lecture de la chlorophylle et de la biomasse de la plante à un instant précis. Ces données sont ensuite intégrées dans des modèles agrométéorologiques développés par deux instituts techniques agricoles français partenaires : Arvalis pour les céréales, et Terres Inovia pour le colza. Ce croisement entre observation satellitaire et modélisation agronomique produit une chose simple en apparence : un conseil. Quelle dose d'engrais azoté la plante est-elle capable d'absorber en ce moment ? Où exactement dans la parcelle ? À quel moment précis faut-il intervenir?
Ce que Farmstar fait, en réalité, c'est cartographier la faim d'une plante. Et cette cartographie change les décisions.

Aujourd'hui, environ 14 000 agriculteurs utilisent Farmstar en France, sur une surface de l'ordre de 600 000 hectares au sein de la métropole. Le service est distribué par une trentaine de coopératives et négoces agricoles qui le revendent à leurs adhérents. Le modèle tarifaire est simple : entre 3 et 15 euros par hectare et par an, selon le niveau de service choisi et la coopérative distributrice. Dans ce prix, il y a des conseils sur la fertilisation, mais aussi, selon les options, un service d'estimation de la biomasse des couverts végétaux, qui permet de calculer l'azote déjà restitué au sol avant la culture suivante. Autrement dit, Farmstar ne pilote pas seulement l'apport d'engrais. Il mesure aussi ce que la nature a déjà mis en place, pour éviter les doublons et les excès.

"Ce qui me plait beaucoup dans ce métier, c'est vraiment de pouvoir coupler ma passion pour le monde agricole, pour l'environnement en général, et toutes les applications liées au numérique, aux nouvelles technologies, avec une entreprise qui est à la pointe et leader du secteur par rapport aux images satellites."
Montaine Foch, Product Marketing Manager Agri et Durabilité, Airbus Defence and Space

L'enjeu environnemental est direct. L'azote en excès dans une parcelle ne reste pas dans la parcelle. Il migre, lessivé par les pluies, vers les nappes phréatiques. Moins on en met, moins on en retrouve là où il ne devrait pas être. Farmstar n'est pas vendu comme un outil environnemental, il est vendu comme un outil économique. Mais les deux effets sont liés, et c'est précisément ce lien qui rend le service crédible sur la durée.
L'indice de production des prairies: l'assurance agricole réinventée par satellite
Le deuxième service que décrit Montaine Foch est moins connu du grand public, mais potentiellement aussi structurant pour ceux qu'il concerne : l'indice de production des prairies, ou Grassland Production Index (GPI). Là encore, le satellite est au cœur du dispositif. Il permet de mesurer, avec une régularité et une continuité impossible à obtenir autrement, la pousse de l'herbe dans les prairies françaises.

Ce service est distribué aux assureurs agricoles en France. Son fonctionnement repose sur un principe d'indemnisation paramétrique : si la pousse de l'herbe dans une commune tombe en dessous d'un seuil défini, l'indemnisation est déclenchée automatiquement. L'agriculteur n'a pas à prouver sa perte ni à attendre la visite d'un expert. L'indice, validé chaque année par un comité scientifique indépendant qui rend ses conclusions sous l'égide du ministère de l'Agriculture français, fait foi. C'est le seul indice basé sur des images satellites utilisé en France pour l'assurance des prairies et reconnu à ce titre par les pouvoirs publics.
Ce modèle répond à une réalité que les éleveurs connaissent bien. La sécheresse est un risque diffus, lent, difficile à quantifier parcelle par parcelle. L'assurance traditionnelle peine à le couvrir efficacement, parce qu'elle repose sur des expertises individuelles longues et coûteuses. L'indice satellitaire, lui, couvre une commune entière, en continu, avec une donnée objective. Pour les assureurs, c'est une base de liquidation fiable. Pour les éleveurs, c'est une indemnisation rapide quand leurs prairies ne poussent plus et que leurs animaux manquent de fourrage.

Le service est accessible aux agriculteurs assurés via les compagnies d'assurance agricole, mais aussi aux non-assurés via certains dispositifs de subvention de l'État. Et l'une des forces du satellite, que Montaine Foch souligne avec précision, c'est la profondeur historique des données : les archives permettent de reconstituer la pousse des prairies sur plus de vingt ans en arrière sur n'importe quel territoire. Cela signifie qu'un assureur souhaitant s'implanter dans un nouveau pays n'a pas à attendre des décennies pour disposer d'un historique de risque. Il peut le calculer rétrospectivement, immédiatement.
C'est ce qui fait de ce service un candidat naturel à l'internationalisation, dans d'autres pays européens d'abord, puis dans le monde entier, partout où l'élevage extensif sur prairie est exposé au risque de sécheresse.
Starling: l'œil du satellite sur les forêts tropicales

Le troisième domaine est d'une autre nature. Il ne s'adresse pas à des agriculteurs français, mais à des directions achats, des responsables durabilité et des équipes conformité dans de grandes entreprises agroalimentaires, cosmétiques ou chimiques. Il s'agit de Starling, un service qu'Airbus Defence and Space a co-développé avec l'ONG Earthworm Foundation, et qui est présent sur le marché depuis une dizaine d'années.
Starling permet de surveiller la déforestation dans les chaînes d'approvisionnement de commodités agricoles qui en sont des facteurs majeurs : l'huile de palme, le cacao, le café, le soja, le caoutchouc, le bois. Ces commodités sont principalement produites dans les zones tropicales, là où les forêts primaires reculent sous la pression de l'agriculture. Le service fonctionne en croisant deux types de données satellitaires. Le premier est une couche d'alertes de changement du couvert forestier, produite chaque mois à partir d'images Airbus et d'images gratuites du programme européen Copernicus, traitées par des algorithmes propriétaires. Le second est une carte d'utilisation des sols, le Land Cover Map, qui distingue les zones forestières, les plantations, les zones naturelles et les zones urbaines. Ensemble, ces deux couches permettent à une entreprise de savoir, en temps quasi réel, si ses fournisseurs cultivent là où ils ne devraient pas.

La constellation Airbus joue ici un rôle décisif. Avec Pléiades Neo à 30 centimètres de résolution, il est possible d'observer des arbres individuels, de cartographier des cultures délicates comme le cacao ou le café dans des environnements forestiers complexes, de suivre des projets de plantation et d'agroforesterie. C'est l'une des meilleures résolutions commerciales disponibles aujourd'hui pour l'observation terrestre.
"Il y a dix ans, on partait avec des taux de déforestation à plus de 95%. Aujourd'hui, on est à moins de 5%. Ce sont des impacts très concrets, que les entreprises obtiennent grâce à nos données et à nos images."
Montaine Foch, Product Marketing Manager Agri et Durabilité, Airbus Defence and Space

Ces chiffres décrivent l'évolution observée chez certains clients historiques d'Airbus, notamment Nestlé et Ferrero, qui utilisent Starling depuis une dizaine d'années. Montaine Foch insiste sur un point : ces entreprises n'ont pas attendu les réglementations pour agir. Elles ont mis en place des politiques de zéro déforestation bien avant que l'Union Européenne n'en fasse une obligation, et elles ont utilisé les données Starling pour engager concrètement leurs fournisseurs, leur montrer ce qui se passait sur le terrain, et les accompagner dans le changement.

C'est précisément ce que la réglementation européenne EUDR (European Union Deforestation-Free Regulation) va désormais imposer à un périmètre beaucoup plus large d'entreprises. Toute entreprise important ou exportant dans l'Union Européenne des produits issus de commodités à risque de déforestation devra prouver l'absence de déforestation dans sa chaîne d'approvisionnement. Starling s'est adapté pour répondre à cette exigence réglementaire. Et au-delà de l'EUDR, un nouveau standard émerge, le DCF (Deforestation and Conversion Free), qui va plus loin encore en incluant la conversion des écosystèmes naturels non forestiers, savanes, prairies tropicales, zones humides, en terres agricoles. Les sujets bougent vite. Les outils sont là.
Ce que ça change, concrètement
Montaine Foch parle avec une précision qui n'est pas celle d'une commerciale récitant ses argumentaires. C'est la précision d'une agronome qui connaît les deux bouts de la chaîne : ce que les satellites voient, et ce que ça signifie sur le terrain.

"C'est une fierté de pouvoir coupler ces deux passions pour en faire des applications très concrètes avec des utilisateurs finaux qui reçoivent vraiment des bénéfices et des conséquences positives sur leur quotidien."
, Montaine Foch, Product Marketing Manager Agri et Durabilité, Airbus Defence and Space
Pour un éleveur dont la prairie brûle en août, l'indemnisation automatique n'est pas une abstraction. C'est ce qui lui permet d'acheter du fourrage pour ses bêtes sans attendre six mois qu'un expert vienne constater les dégâts. Pour un céréalier, Farmstar n'est pas un tableau de bord technologique de plus. C'est un chiffre clair : combien d'azote mettre, où, quand, pour ne pas en perdre et ne pas polluer. Pour une direction achats dans une entreprise de chocolat, Starling n'est pas un rapport de responsabilité sociale. C'est une preuve, documentée, opposable, que ses fournisseurs respectent leurs engagements.

Ce que fait Airbus Defence and Space dans ce domaine, c'est transformer la permanence du regard satellitaire en décisions concrètes à l'échelle de la parcelle, de l'exploitation, du territoire, de la chaîne d'approvisionnement mondiale. Le satellite ne dort pas. Il passe, il observe, il compare avec hier et avec il y a vingt ans. Et il produit une information que personne d'autre ne peut produire de cette manière.
Pourquoi ce travail compte
Il y a une question que l'on ne pose pas toujours aux personnes qui travaillent dans des grandes entreprises de technologie : pourquoi elles. Montaine Foch y répond d'elle-même, naturellement, parce que la réponse est au fond de tout ce qu'elle dit.

Elle est ingénieure agronome. Elle aurait pu travailler dans une coopérative, dans un institut technique, dans une administration. Elle a choisi Airbus Defence and Space parce que c'est là que les deux choses qui l'intéressent le plus se rencontrent : le monde agricole et les technologies spatiales. Et parce que les applications qui en sortent ne sont pas des projets pilotes, des expérimentations en circuit fermé ou des engagements théoriques.
Elles sont utilisées par 14 000 agriculteurs. Elles indemnisent des éleveurs en cas de sécheresse. Elles contribuent à faire reculer la déforestation dans les chaînes d'approvisionnement des plus grandes entreprises agroalimentaires mondiales.
"Ce sont des compensations financières qui leur permettent de poursuivre leur activité, de continuer à vivre et à nourrir leurs animaux. C'est ça qui me passionne."
Montaine Foch, Product Marketing Manager Agri et Durabilité, Airbus Defence and Space
C'est cela qui la passionne. Pas la technologie pour la technologie. Mais la technologie qui change quelque chose dans la vie de quelqu'un, quelque part, sur une parcelle, dans une forêt, dans un bilan de fin d'année.
Ce que les professionnels agricoles doivent retenir
Pour un agriculteur céréalier ou un éleveur, les trois services décrits ici répondent à des problèmes très différents, mais tous réels. Farmstar aide à fertiliser juste, à maximiser le rendement sans gaspiller l'azote et sans polluer les nappes. L'indice de production des prairies offre une couverture assurantielle contre la sécheresse qui s'active sans démarche administrative complexe. Ces deux services sont distribués via les coopératives et assureurs agricoles existants : il ne s'agit pas d'adopter une nouvelle technologie de rupture, mais de souscrire à un service que votre coopérative ou votre assureur propose peut-être déjà.

Pour les acteurs institutionnels, les assureurs, les coopératives, les pouvoirs publics et les organismes de financement agricole, l'enjeu est différent. Airbus Defence and Space est un fournisseur de données à l'échelle mondiale, avec des archives historiques profondes, des algorithmes validés par des comités scientifiques indépendants sous l'égide du ministère de l'Agriculture français, et une infrastructure satellitaire que nul acteur privé du secteur agricole ne pourrait constituer seul. Le Grassland Production Index est le seul indice satellitaire homologué pour l'assurance prairie en France. C'est un fait, pas un argument commercial.
Pour les entreprises agroalimentaires, cosmétiques ou de négoce exposées à l'EUDR ou à d'autres standards de durabilité, Starling est aujourd'hui l'un des outils les plus aboutis disponibles sur le marché pour documenter, en continu, l'absence de déforestation dans une chaîne d'approvisionnement. Et avec la résolution de 30 centimètres de Pléiades Neo, la précision atteint un niveau qui permet de distinguer des arbres individuels, pas des massifs.
Airbus Defence and Space est présent sur les marchés de l'agriculture et de l'environnement à travers ses services Farmstar, le Grassland Production Index et Starling.
Pour en savoir plus : space-solutions.airbus.com






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