Agriterra, entreprise à mission: portage foncier, biorégénération et transition agricole en France
- Agrilinkage

- 26 févr.
- 9 min de lecture
Agriterra construit, ferme après ferme, un modèle d'installation agricole qui fait tenir ensemble ce que le marché a longtemps séparé : l'accès au foncier, la viabilité économique et la régénération des sols.

Louis Pont n'a pas traîné pour trouver son chemin. Ingénieur agronome, double diplôme avec l'École des Mines de Paris en énergies renouvelables, il avait les credentials pour aller dans beaucoup d'endroits. Il a choisi Agriterra, et c'est son premier emploi. Il le dit lui-même, avec une franchise qui ne cherche pas à impressionner: c'est un emploi qui lui permet de faire très peu de compromis sur ses valeurs. Pour quelqu'un qui n'a encore que deux ans et demi d'expérience professionnelle, c'est une position assez rare à tenir.
"C'est mon premier emploi et c'est un emploi qui me permet de faire très peu de compromis par rapport à mes valeurs personnelles sur ces thématiques-là. C'est pour ça que je suis absolument passionné par mon métier." , Louis Pont, ingénieur agronome, Agriterra

Ce qu'il a rejoint, c'est une entreprise à mission fondée sur quatre pôles d'activité, dont deux forment le cœur du dispositif opérationnel: un bureau d'études d'accompagnement de projets agroécologiques et agrivoltaïques, et une foncière de portage qu'il développe depuis sa création. Cette foncière, baptisée Agriterra Terres Vivantes, a deux ans et demi. Les trois premières fermes viennent d'être acquises. Les premiers retours d'expérience sont là.
C'est dans ce contexte qu'Agriterra s'est présenté au Salon de l'Agriculture : pour rencontrer les agriculteurs, exposer ce que le modèle fait concrètement, et faire connaître les projets qui commencent à sortir de terre, au sens propre.
Ce que veut dire "Portage Foncier"
En France, environ 200 000 fermes seront à reprendre dans les dix prochaines années, soit la moitié des exploitations françaises. Près de la moitié des chefs d'exploitation ont 55 ans ou plus, et 60 % de ceux qui s'installeront dans les prochaines années ne viennent pas du monde agricole. Ces chiffres ne sont pas des projections abstraites : ils décrivent une situation dans laquelle des terres changent de mains dans des conditions souvent difficiles, parfois sans repreneur identifié, parfois au profit d'agrandissements qui concentrent encore davantage le foncier.
Le portage foncier est une réponse concrète à cette impasse. Le principe: une structure achète le foncier à la place du jeune agriculteur qui ne peut pas encore le financer, lui en confie l'exploitation dans le cadre d'un bail, et lui laisse la possibilité de le racheter à terme. Chez Agriterra, cet horizon est fixé à 7 à 10 ans.

Mais ce qui distingue le modèle d'Agriterra Terres Vivantes ne tient pas seulement à la mécanique foncière. C'est ce qui vient avec, et surtout comment ça se passe pendant toute la durée du portage.
"On va être minoritaire dans la ferme aux côtés du jeune agriculteur qui s'installe, pour permettre d'accompagner et de faciliter le financement de la trésorerie de lancement de l'activité." , Louis Pont, ingénieur agronome, Agriterra
Concrètement: Agriterra entre en minoritaire dans la structure d'exploitation aux côtés du jeune installé. Elle finance une partie du besoin en fonds de roulement de la première année, accompagne techniquement et économiquement la ferme tout au long du portage, et reste présente sur place pendant les 7 à 10 ans que dure le projet. Ce n'est pas un bailleur qui encaisse le loyer et attend. C'est un associé temporaire, avec une date de sortie planifiée dès le départ et un objectif partagé: que le jeune agriculteur soit en mesure de racheter son foncier au terme convenu.
La dimension humaine de ce travail, Louis Pont ne la mentionne pas comme un argument de vente. Il en parle comme de ce qui lui plaît vraiment dans son métier. Il décrit les projets d'installation comme des projets de vie, des collaborations qui durent presque une décennie, dans lesquelles Agriterra est présente depuis l'identification du foncier jusqu'au moment du rachat. Il y a d'abord une phase d'acquisition, où Agriterra achète aux côtés de l'agriculteur, défend et négocie le dossier, parfois face à de la concurrence. Puis une phase d'accompagnement de toute la durée du portage. Deux phases, un seul fil conducteur.
"Ce sont des projets de vie, c'est des collaborations long terme, et ça c'est absolument passionnant en termes de relations humaines." , Louis Pont, ingénieur agronome, Agriterra
Trois fermes, plus de 400 hectares, et des partenariats scientifiques
Les fermes acquises à ce jour sont en grandes cultures et en polyculture-élevage, exclusivement en France métropolitaine. C'est le périmètre choisi pour cette phase de lancement: des exploitations sans repreneur identifié, que la foncière rachète puis installe en agriculture biologique de régénération des sols.
La biorégénération n'est pas un modèle parmi d'autres. C'est un choix agronomique qui modifie en profondeur la façon de conduire une exploitation: travail réduit ou supprimé du sol, mélanges variétaux, couverts permanents, attention portée à la vie biologique du sol, à sa structure, à sa capacité de rétention en eau. Ces pratiques stockent du carbone, limitent l'érosion, améliorent la filtration de l'eau et restaurent la biodiversité du sol et du paysage. C'est aussi ce qui passionne Louis Pont dans son métier de base, celui d'ingénieur agronome : avoir un ancrage aussi fort dans des pratiques agricoles qui mobilisent une vraie connaissance du végétal, des mélanges variétaux, de la dynamique d'un sol. Des choses qui lui semblent, dit-il, trop peu représentées.

Sur chaque ferme, Agriterra va au-delà de la conduite des cultures. Des haies sont replantées, des zones humides restaurées, une trame verte et bleue reconstituée pour connecter le foncier aux espaces naturels environnants. Un suivi rigoureux de la qualité des sols et de la biodiversité est mené, avec des partenariats scientifiques formels : sur la ferme de Crissé, dans les Deux-Sèvres, Agriterra a signé un partenariat avec le CEBC, consortium associant le CNRS et l'INRAE, qui suit la biodiversité et les interactions entre production agricole et énergies renouvelables dans la zone Atelier Plaine et Val de Sèvre, un programme de recherche actif depuis plus de trente ans sur ce territoire.
Pour mesurer la pertinence des pratiques mises en oeuvre, Agriterra calcule sur chacune de ses fermes un indice de régénération, outil développé par l'association Pour une agriculture du vivant, noté de 0 à 100 et désormais validé par une publication scientifique internationale. Les fermes du portefeuille atteignent des scores autour de 80 sur 100. C'est un indicateur que Louis Pont met en avant non pas comme un badge, mais comme un outil de pilotage : il permet de suivre dans le temps si les pratiques de la ferme restent cohérentes avec les objectifs de transition agroécologique.
"On calcule des indices de régénération sur nos fermes. Ça fait partie des KPI qu'on met en avant et qu'on va suivre pour la pertinence des pratiques en termes d'agroécologie." , Louis Pont, ingénieur agronome, Agriterra
Une économie à plusieurs étages
Un agriculteur installé via Agriterra Terres Vivantes ne tire pas ses revenus d'une seule source. La production biologique en constitue la base, mais le modèle est explicitement conçu pour diversifier, et c'est là que la robustesse économique se joue.
Les pratiques biorégénératives génèrent des crédits carbone valorisables, et demain potentiellement des crédits nature, à mesure que la restauration agroécologique du site produit des effets mesurables. Sur une partie du foncier, des projets de développement d'énergies renouvelables peuvent également venir s'ajouter, en cohérence avec l'expertise historique d'Agriterra dans l'agrivoltaïsme, domaine dans lequel le groupe travaille depuis plus de dix ans. Ces revenus complémentaires, stables et prévisibles, crédibilisent la capacité du jeune agriculteur à racheter son foncier à terme. C'est précisément la logique du modèle : faire en sorte que l'exploitation soit suffisamment rentable pour que le rachat ne soit pas une promesse théorique, mais une trajectoire financière réaliste.

"On couple le portage foncier et cet accompagnement des fermes pour permettre une installation robuste, et qui soit également dans un modèle pertinent d'un point de vue environnemental et qui permet de diversifier les revenus de la ferme." , Louis Pont, ingénieur agronome, Agriterra
Pour la foncière, l'acquisition d'une exploitation de 200 hectares représente un investissement initial d'environ 2 millions d'euros. Agriterra est actuellement en phase de levée de fonds auprès d'acteurs institutionnels pour porter son portefeuille de plus de 400 hectares, répartis sur trois fermes aujourd'hui, jusqu'à 10 000 hectares à terme, soit l'installation d'une cinquantaine de jeunes agriculteurs.
Adresser le changement climatique et l'effondrement de la biodiversité : une mission, pas une communication
Agriterra est une entreprise à mission au sens de la loi Pacte, et son rapport de comité à mission est public. Louis Pont ne cache pas que ce statut correspond à quelque chose de très concret dans la façon dont le groupe pense son activité. Chaque levier du modèle de la foncière, la biorégénération, la restauration agroécologique, les projets d'énergie renouvelable, est pensé en lien direct avec les enjeux du changement climatique et de l'effondrement de la biodiversité. Ce ne sont pas des thèmes périphériques. Ce sont, dit-il, le coeur de l'activité.
"Adresser le sujet du changement climatique et de l'effondrement de la biodiversité, c'est quelque chose qui est absolument fondamental pour moi. Je veux donner mon énergie à ça." , Louis Pont, ingénieur agronome, Agriterra
Cette conviction ne date pas de son arrivée chez Agriterra. Elle est antérieure, et c'est en partie ce qui l'a conduit à choisir ce poste. Premier emploi, et pourtant très peu de compromis sur ce qui compte : c'est une formulation qui en dit long sur ce que ce modèle représente pour ceux qui le portent de l'intérieur.
Le réseau de fermes qu'Agriterra est en train de constituer est d'ailleurs pensé comme un réseau de fermes pilotes, portant sous des géographies différentes un modèle agricole dont on veut démontrer la pertinence face au changement climatique. La donnée récoltée sur ces fermes a vocation à alimenter une activité de formation, qu'Agriterra développe à moyen terme pour former de nouveaux agriculteurs aux pratiques biorégénératives. Sur la question de l'intelligence artificielle pour structurer et valoriser cette donnée, Louis Pont se montre attentif mais prudent : le modèle biorégénératif est conçu pour être moins dépendant de la technologie, et ce n'est pas un axe stratégique central aujourd'hui sur les fermes, même si la porte n'est pas fermée.

Lola Sarah Schneider, responsable des relations institutionnelles et de la communication veut faire rayonner un modèle qui en vaut la peine
Lola Sarah Schneider a rejoint Agriterra récemment en tant que responsable des relations institutionnelles et de la communication. Ce qui l'a amenée ici, c'est l'ambition d'avoir un impact réel sur le monde agricole, et plus particulièrement sur la biorégénération. Elle le formule clairement : ce qui l'intéresse, c'est la chaîne dans son ensemble, de la pratique agricole jusqu'au consommateur, et l'agriculture biorégénérative couvre précisément ce périmètre. Elle crée de l'emploi, elle améliore les pratiques, et elle change ce qui se retrouve dans l'assiette.
"Ce qui m'intéresse, c'est d'avoir un impact sur l'ensemble de la chaîne. La biorégénération va créer de l'emploi, impliquer de meilleures pratiques auprès des agriculteurs, et toucher les consommateurs directement avec des aliments meilleurs et plus nourrissants." , Lola Sarah Schneider, responsable des relations institutionnelles et de la communication, Agriterra
Ce que dit Lola-Sarah, c'est que l'agriculture biorégénérative n'est pas seulement une question de pratiques culturales ou de crédits carbone. C'est une chaîne qui part du sol et arrive dans l'assiette, en passant par des emplois créés, des agriculteurs mieux accompagnés, et une façon différente de concevoir ce que l'on mange. Elle rejoint la position d'Agriterra parce que c'est là que le périmètre d'impact lui semble le plus large et le plus cohérent avec ce qui la motive. Ce n'est pas le même parcours que Louis Pont, mais c'est la même logique d'adhésion au fond plutôt qu'à la surface.

Ce que ça change pour un jeune agriculteur, concrètement
Le premier changement est financier : le jeune qui s'installe via Agriterra Terres Vivantes n'a pas à mobiliser le capital pour acheter son foncier dès l'entrée, et il n'est pas seul à porter le besoin en trésorerie de la première année. Mais ce n'est pas seulement une question d'argent. C'est aussi la nature de l'accompagnement qui change : Agriterra est présente dans la ferme, pas seulement dans les documents. Elle négocie, défend le dossier devant les SAFER départementales, entre en minoritaire dans la structure d'exploitation, et reste aux côtés de l'installé sur toute la durée du projet.
Pour un investisseur institutionnel ou un fonds à impact, ce que propose Agriterra est un portefeuille de foncier agricole français en biorégénération, adossé à plusieurs sources de revenus mesurables, avec un suivi scientifique des externalités environnementales, des partenariats de recherche actifs avec le CNRS et l'INRAE, et un horizon de cession programmé. Ce n'est pas de la philanthropie. C'est un modèle conçu pour tenir économiquement, dont la robustesse repose sur la diversification des revenus à l'échelle de chaque ferme, et dont les performances environnementales sont suivies, mesurées et publiées.
"On a un modèle qui est résilient, qui se base sur différents leviers de rentabilité, et qui est extrêmement pertinent au regard des enjeux de transition agricole, alimentaire et énergétique." , Louis Pont, ingénieur agronome, Agriterra
Le message que Louis Pont adresse aux jeunes agriculteurs est aussi direct : il est possible de s'installer en agriculture biologique de régénération des sols, avec un modèle économique robuste, que l'on vienne ou non du milieu agricole. Agriterra propose un cadre pour dérisquer cette installation, libérer de la charge mentale et permettre à l'agriculteur de se concentrer sur ce qui le passionne : l'exploitation de son foncier, et faire rayonner son modèle.
Agriterra cherche aujourd'hui deux types de partenaires. Des jeunes agriculteurs, issus ou non du monde agricole, souhaitant s'installer en grandes cultures ou polyculture-élevage en France métropolitaine dans un cadre biorégénératif, et des investisseurs institutionnels prêts à accompagner la montée en puissance d'un portefeuille foncier à impact dont l'ambition est d'atteindre 10 000 hectares. Pour les premiers, la rencontre avec Agriterra commence par une conversation sur le projet. Pour les seconds, le rapport de comité à mission est en ligne, les partenariats scientifiques sont documentés, et les premiers retours d'expérience sont maintenant disponibles.
Pour en savoir plus : agriterra-group.com






Commentaires