Irineu Darău
Irineu Darău, ministre de l'Économie de Roumanie : « On a tout ce qu'il faut. C'est une question de marketing. »
Au Salon Mondial du Tourisme de Paris, du 12 au 15 mars 2026, Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie, a accordé à Agrilinkage un entretien en marge du stand officiel de son pays. C'est ce stand, justement, qui est à l'origine de la rencontre.
Avant de parler au ministre, on s'était arrêté au stand roumain. Pas par hasard, mais parce qu'il était difficile de ne pas s'arrêter. Les images qui défilaient sur l'écran, les paysages des Carpates, les villages du Maramureș, les vignes des sous-Carpates, les plats posés sur les tables des pensions rurales, tout cela créait quelque chose d'assez inhabituel dans l'espace d'un salon : une envie réelle d'y aller. Et puis il y avait le vin, les brochures, les gens qui représentaient leur région avec une fierté tranquille. La question s'est imposée d'elle-même : pourquoi ce pays n'est-il pas dans toutes les conversations sur les grandes destinations gastronomiques et rurales d'Europe ? Pourquoi la Roumanie reste-t-elle aussi peu visible, alors qu'elle a visiblement autant à montrer ?
C'est cette question qu'on a posée à Irineu Darău. Et il avait une réponse.
« Je suis convaincu que c'est une question de marketing. On a tout ce qu'il faut dans le pays pour attirer des touristes. »Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie
Un pays qui n'a pas encore appris à se raconter
Irineu Darău n'élude pas la question. Il ne cherche pas non plus à minimiser le paradoxe. La Roumanie accueille déjà plus de 100 000 touristes français par an, le pays est à trois heures de vol direct depuis Paris, les billets sont parmi les moins chers d'Europe. Et pourtant, la destination reste largement sous le radar. Pour lui, la cause est claire et le remède aussi : ce n'est pas une question de produit, c'est une question de narration. « Il faut juste améliorer les façons de présenter notre destination aux Français. »
Ce diagnostic est celui d'un homme qui comprend les deux côtés. Irineu Darău a vécu plusieurs années en France, à Sophia Antipolis, dans l'écosystème technologique de la Côte d'Azur. Il y a travaillé, créé une société, compris le pays de l'intérieur. Il est aussi membre actif de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie. Quand il parle aux Français, il ne leur parle pas depuis l'extérieur.
« Moi j'ai vécu presque dix ans en France, donc j'ai une histoire personnelle avec la France. Un truc que j'ai compris, c'est que les Français, mais aussi les Roumains, ils aiment bien manger. »
Cette observation, qui pourrait sembler anodine, dit en réalité quelque chose d'important : les deux pays partagent une même sérieux à table, une même manière de considérer le repas comme un moment qui compte. C'est une base de compréhension mutuelle que le tourisme culinaire peut s'appuyer dessus.
Un pays de diversité, et c'est la table qui le prouve
Ce qu'Irineu Darău décrit quand il parle de la Roumanie, c'est avant tout un pays multiple. Multiple dans son histoire, dans ses nationalités, dans ses régions, et donc dans ses cuisines. « On a une gastronomie qui est à la fois traditionnelle roumaine, mais on a aussi des influences hongroises, des influences slaves. C'est un mix de gastronomie qu'on peut retrouver dans plein de villages. »
Cette diversité n'est pas un argument marketing. C'est le résultat de siècles de coexistence entre des communautés différentes, sur un territoire qui va des plaines du Danube aux crêtes des Carpates, de la mer Noire aux forêts du Maramureș. Chaque région a ses propres recettes, ses propres produits, ses propres manières de recevoir. Comme l'a expliqué à Agrilinkage Agathe Rotar, distributrice de vins roumains présente au même salon, même les cépages autochtones comme la Feteasca Neagră donnent des vins radicalement différents selon qu'ils poussent sous les Carpates ou au bord de la mer Noire. Le terroir roumain n'est pas uniforme. C'est précisément ce qui en fait la richesse.
« Si on vient en Roumanie, on aura l'occasion de trouver les goûts de toute l'Europe de l'Est. »
Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie
Le village comme destination, l'agrotourisme comme priorité
Ce qui distingue la vision d'Irineu Darău d'un discours touristique standard, c'est qu'il ne sépare pas la gastronomie du territoire qui la produit. Pour lui, la vraie valeur de la Roumanie ne se trouve pas dans les grandes villes ou les châteaux médiévaux, même si ceux-ci existent et méritent le détour. Elle se trouve dans les villages, dans les pratiques agricoles encore vivantes, dans les familles qui cuisinent aujourd'hui comme leurs grands-parents cuisinaient.
« On a encore beaucoup d'agriculture, beaucoup de gens qui vivent dans leur milieu naturel, beaucoup de nourriture et de traditions vivantes qui ont été gardées dans les villages. » Cette réalité, que beaucoup de pays d'Europe occidentale ont perdue, est en Roumanie encore intacte. L'agrotourisme et l'écotourisme figurent d'ailleurs parmi les priorités de la stratégie nationale touristique roumaine. Le pays dispose d'environ 800 zones protégées, dont la réserve de biosphère du delta du Danube, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, et les parcs nationaux des Carpates.
Pour le voyageur que le ministre imagine, la formule est concrète : « passer une semaine ou deux et faire un circuit, soit culinaire, soit des villages, dans plusieurs régions. » La Roumanie se visite en mouvement, pas en point fixe. Et c'est justement ce format, le circuit rural, qui correspond aujourd'hui à ce que les voyageurs gastronomiques et les amateurs d'agrotourisme recherchent le plus.
« Les gens sont très accueillants, et on a de très bons hôtes particuliers qui pourront vous recevoir et vous faire bien manger. »
Irineu Darău, ministre de l'Économie, de la Numérisation, de l'Entrepreneuriat et du Tourisme de Roumanie
La garantie du retour
Irineu Darău termine sur quelque chose qu'il présente comme une observation, presque une donnée empirique, collectée auprès de touristes, d'agences de voyage, d'ambassadeurs étrangers. « Parfois on ne connaît pas la Roumanie, mais dès qu'on la visite la première fois, on a une bonne impression et on veut la revisiter. » Ce n'est pas un argument de vente. C'est un constat que suffisamment de personnes lui ont répété pour qu'il le cite comme une certitude.
Et finalement, c'est peut-être la meilleure réponse à la question posée au départ. Si la Roumanie reste aussi peu visible malgré ce qu'elle a à offrir, c'est simplement parce que trop peu de gens y sont encore allés. Ceux qui y sont allés, eux, reviennent.
« Mon message, c'est un message d'invitation pour les Français de venir visiter la Roumanie. Ce que je peux garantir, c'est qu'ils ne vont pas le regretter. »
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