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La Cuisine Polynésienne au-delà du Mythe: Jean-Patrick et le Tiki Village de Moorea

  • Photo du rédacteur: Agrilinkage
    Agrilinkage
  • 12 mars
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 mars

Jean-Patrick dirige le Tiki Village de Moorea, en Polynésie française. Au Salon Mondial du Tourisme à Paris, il est venu parler d'une île, d'un peuple, et de ce qui se passe autour d'un four creusé dans la terre.


Jean-Patrick Lerandy, gérant-propriétaire du Tiki Village de Moorea, au stand du Salon Mondial du Tourisme à Paris, devant un paréo aux hibiscus aux couleurs du Tiki Village.
Jean-Patrick, gérant-propriétaire du Tiki Village de Moorea, au Salon Mondial du Tourisme, Paris 2026.

Il y a une question qui revient trois fois dans la conversation avec Jean-Patrick. Elle prend des formes différentes mais elle est toujours la même : d'où venons-nous, qui sommes-nous, où allons-nous? Ce n'est pas une posture philosophique. C'est la raison pour laquelle il est à Paris, dans ce salon du tourisme, à parler de cuisine polynésienne à des gens qui ne savent peut-être pas encore ce qu'est un ahima'a.


"Culturellement, les gens ont envie de savoir qui sont les autres. D'où venons-nous ? Qui sommes-nous? Mais surtout, où allons-nous demain? Cet axe-là, aujourd'hui, nous parle beaucoup." Jean-Patrick, gérant-propriétaire, Tiki Village, Moorea

Jean-Patrick gère le Tiki Village de Moorea, un centre culturel polynésien situé à Haapiti, sur la côte ouest de l'île, face au lagon, fondé au début des années 1980 avec pour vocation de reconstituer un village polynésien traditionnel, ses fare à toit de chaume, ses artisans, ses danses, sa cuisine. Ce qu'il développe aujourd'hui s'appelle le concept "chez l'habitant", une manière de faire entrer le visiteur non plus dans la représentation d'une culture, mais dans sa réalité quotidienne. C'est ce projet qu'il est venu présenter, de façon stratégique dit-il, dans les salons du tourisme.


Femme polynésienne aux tatouages traditionnels pressant du lait de coco frais à travers la fibre de coco au-dessus de bols en bois, face au lagon de Moorea, lors de la préparation du poisson cru au lait de coco.
Préparation du poisson cru au lait de coco frais, Tiki Village Moorea, Polynésie française.

Ce que Tahiti ne vous a pas encore montré


Tahiti est connue dans le monde entier. Jean-Patrick le dit sans fard : cette reconnaissance s'est construite, entre parenthèses, autour d'un fantasme, celui de la vahiné. L'image de la femme polynésienne a traversé les siècles et les continents, portée par des hommes qui n'étaient pas polynésiens. Le cinéma y a contribué de façon décisive avec Les Révoltés du Bounty et Marlon Brando. La peinture a fait le reste avec Paul Gauguin. Et Jacques Brel, qui a fini ses jours dans les îles Marquises, à Hiva Oa, a ajouté à cette liste de grands noms qui ont fait de Tahiti un endroit qui a fait rêver, et qui fait rêver encore, des touristes du monde entier.


Mais Jean-Patrick pense qu'il est temps de poser une autre question. Derrière le mythe, il y a un peuple qui mange depuis des millénaires, et cette question-là, personne ne se la pose vraiment : comment ces gens, avant tout ça, faisaient-ils pour faire cuire des légumes? Pour faire pousser des légumes ? Pour élever des cochons, des chèvres ? Pour attraper du poisson et le cuire? Ce sont ces questions-là qui sont, selon lui, les vraies lettres de noblesse de la Polynésie. Et c'est au Tiki Village qu'il essaie d'y apporter des réponses concrètes, sensorielles, transmissibles.


Jean-Patrick Lerandy, gérant-propriétaire du Tiki Village de Moorea, et Valérie Vulan-Cazères, responsable du développement, au stand du Salon Mondial du Tourisme à Paris, devant le paréo aux hibiscus du Tiki Village.
Jean-Patrick, gérant-propriétaire, et Valérie Vulan-Cazères, responsable du développement, Tiki Village Moorea — Salon Mondial du Tourisme, Paris 2026.


Le four, les pierres, et les mamas qui se lèvent avant l'aube


Au cœur de la cuisine polynésienne traditionnelle, il y a l'ahima'a, le four tahitien ancestral creusé dans la terre ou construit dans le sable, garni de pierres de rivière que l'on porte au rouge sur un feu allumé des heures à l'avance. C'est autour de ce four que se joue ce que Jean-Patrick appelle le ma'a Tahiti, le repas festif traditionnel qui rassemble la famille pour les mariages, les deuils, les communions et tous les grands moments de la vie polynésienne.


"Le Polynésien se lève très tôt en famille pour préparer le ma'a Tahiti. On allume le feu pour faire chauffer les pierres pendant des heures. Pendant ce temps-là, les mamas, ce sont les anciennes, transfèrent des compétences aux plus jeunes qui ont eu le courage de se lever pour accompagner les anciens." Jean-Patrick, gérant-propriétaire, Tiki Village, Moorea

Ce qui se prépare autour de l'ahima'a, ce ne sont pas des recettes que l'on sort d'un livre. C'est le pain coco, les po'e de banane et de potiron, ces puddings liés à la fécule d'arrow-root que les îles connaissent depuis toujours, le poulet fafa, poulet cuit avec ses feuilles de taro au lait de coco, à l'étouffée dans le four polynésien, et le cochon traditionnel en morceaux, braisé avec des légumes verts pendant six à huit heures sous un couvercle de terre. Jean-Patrick décrit tout ça simplement : « le goût est extraordinaire ». Pas d'envolée, juste quelqu'un qui a mangé ces plats et qui le dit comme ça.


Vue de l'ahima'a, le four polynésien traditionnel, avec un cochon entier, des plats enveloppés dans des feuilles de bananier et des légumes préparés pour une cuisson à l'étouffée sur des pierres chauffées au Tiki Village de Moorea.ahima'a
Vue de l'ahima'a, le four polynésien traditionnel, avec un cochon entier, des plats enveloppés dans des feuilles de bananier et des légumes préparés pour une cuisson à l'étouffée sur des pierres chauffées au Tiki Village de Moorea.

Ce temps de cuisson long, ce lever avant l'aube, cette organisation familiale autour du feu, tout cela n'est pas romantisé dans sa bouche. C'est une réalité pratique et culturelle qui perdure depuis l'évangélisation, ancrée dans ce que l'on appelle dans le Pacifique "la coutume", renouvelée chaque année pour les grands moments de la communauté. Et c'est précisément là, dans cet acte culinaire collectif, que se transmet quelque chose d'essentiel aux jeunes générations.


"Faire cuire un cochon, on peut faire cuire un cochon. Quelle méthode on utilise? Et est-ce qu'on prend le temps de transférer des connaissances ? Quand on arrive à prendre ce temps-là, on enrichit la communauté par elle-même. On enrichit nos enfants. On leur apprend. Et l'éducation de la famille passe par là." Jean-Patrick, gérant-propriétaire, Tiki Village, Moorea

Ce n'est pas un pays, c'est un peuple


La Polynésie, dit Jean-Patrick, a quelque chose à offrir à un monde qui s'est perdu dans la consommation industrielle. Les familles d'aujourd'hui, deux enfants, trois enfants, quatre enfants, se retrouvent avec des problèmes d'éducation et une envie confuse de retrouver quelque chose de fondamental. Il pense que la réponse est là, dans la simplicité des pratiques polynésiennes, dans ses mythes, et dans ce que la culture tahitienne appelle le mana, cette force vitale qui imprègne les lieux, les êtres et les actes. C'est le mana polynésien, affirme-t-il, qui peut apporter beaucoup de solutions à l'être humain si on prend le temps d'écouter.


Il y revient avec une conviction qui n'est pas de la fierté régionale, plutôt quelque chose de plus large : « ce n'est pas un pays, c'est un peuple la Polynésie ». Et les Marquises, ces îles du bout du monde dont certains disent qu'elles sont le berceau de l'humanité, portent dans leur mémoire des siècles de pratiques alimentaires qui précèdent de loin les cuisines étoilées. Comment ces anciens cultivaient-ils, élevaient-ils, pêchaient-ils ? Ces questions ne sont pas nostalgiques. Elles sont, selon lui, d'une actualité brûlante.



Table de buffet polynésien dressée sur des feuilles de bananier au Tiki Village de Moorea, avec salades colorées, poisson cru et spécialités locales, dans la salle de réception à toit de chaume.
Table de buffet polynésien dressée sur des feuilles de bananier au Tiki Village de Moorea, avec salades colorées, poisson cru et spécialités locales, dans la salle de réception à toit de chaume.

Un message direct aux voyageurs


À ceux qui hésitent à franchir le pas, Jean-Patrick parle comme à des gens qu'il connaît. N'ayez pas peur. Tentez l'expérience. Revenez aux fondamentaux. Apprenez à vos enfants à manger naturellement. Regardez les agriculteurs qui font les choses simplement et qui font de belles choses. Tout le monde peut avoir son petit coin de jardin à la maison, dit-il, mais venir en Polynésie c'est aller au plus près de la réalité des choses, là où tout a commencé.


"Vous, peuple qui avez envie de tourner une page face à la consommation industrielle de tous les jours, dites stop. Allez aux fondamentaux et retrouvez les bases d'une alimentation réelle, pure, propre. C'est dans les îles de la Polynésie que vous allez les trouver." Jean-Patrick, gérant-propriétaire, Tiki Village, Moorea

Ce n'est pas un slogan. C'est la conclusion logique d'un homme qui a fait de la transmission culturelle par la nourriture le cœur de son projet professionnel, et qui est venu à Paris défendre l'idée que la Polynésie n'est pas seulement une destination de rêve. C'est une réponse.


Le Tiki Village de Moorea propose des ateliers en journée, tressage, tatouage traditionnel, musique, peinture de paréo, ainsi que des soirées incluant l'ouverture de l'ahima'a, un dîner de spécialités tahitiennes et un grand spectacle de danses polynésiennes avec le tamouré et la danse du feu.

 
 
 

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